Silence, secret et temporalité : ce que l’arbre ne dit pas (encore)
En psychogénéalogie, le silence n’est pas un vide mais une organisation psychique à part entière.
À travers un atelier pratique et une conférence théorique, Pierre Ramaut explore les différentes formes du silence et du secret, leurs modes de transmission transgénérationnelle et leurs effets sur la temporalité psychique, dans une approche rigoureuse, clinique et respectueuse du rythme des générations.
Après avoir participé aux éditions 2024 à Lyon et 2025 à Florianópolis, au Brésil, j’aurai le plaisir de prendre part à cette nouvelle édition du Symposium de Lyon consacrée à la
psychogénéalogie et à la transmission transgénérationnelle. J’y proposerai deux temps complémentaires :
• Vendredi 20 mars : un atelier consacré au repérage du silence dans l’arbre généalogique et
à ses différentes formes de transmission.
• Dimanche 22 mars : une conférence sur le lien entre le secret, le silence et la temporalité
psychique.
Ces deux interventions forment un diptyque :
l’atelier explorera comment repérer le silence,
la conférence approfondira ce qu’il produit dans le temps.
I. Le silence : une organisation psychique
En psychogénéalogie, le silence n’est jamais un vide neutre.
Il est une organisation.
Il peut être :
• protecteur,
• défensif,
• traumatique,
• stratégique,
• sacrificiel,
• ou simplement impossible à lever à un moment donné de l’histoire familiale.
Le silence n’est donc pas une absence :
il est transformation du dire en symptôme.
II. Atelier : L’arbre et ses blancs
L’atelier sera résolument pratique et structuré autour de repères concrets.
À partir d’un outil de repérage intitulé « L’arbre et ses blancs », nous verrons comment un
silence peut se lire dans l’histoire familiale.
1. Les différentes formes de silence
Nous travaillerons notamment sur :
• le silence par omission (dates manquantes, absences de récit),
• le silence par euphémisation (« il est parti », « c’était compliqué »),
• le silence par idéalisation,
• le silence par rupture de filiation,
• le silence protecteur face au trauma,
• le silence imposé par la honte.
À partir de situations cliniques et d’exemples anonymisés, nous explorerons comment ces
silences apparaissent :
• dans les blancs,
• dans les incohérences,
• dans les répétitions symptomatiques,
• dans les accidents biographiques,
• dans les choix professionnels paradoxaux,
• dans les projets impossibles.
Le silence devient alors une donnée observable et non plus seulement une intuition.
III. Le silence comme phénomène temporel
La conférence du dimanche élargira la perspective.
Car le silence n’agit pas seulement dans le contenu.
Il agit dans le temps psychique.
Un silence pathogène produit souvent :
• un passé figé,
• un présent capturé par la répétition,
• un futur suspendu.
La temporalité se dérègle.
Nous explorerons comment :
• le secret peut figer une génération entière,
• le non-dit peut créer des zones d’arrêt dans le récit familial,
• certaines familles vivent dans un temps arrêté,
• d’autres dans un temps d’urgence ou de survie.
IV. Ce qui ne peut être dit aujourd’hui pourra l’être
demain
Un point essentiel que j’aborderai concerne la temporalité générationnelle.
Tout ne peut pas être levé au même moment.
Il existe des points de butée systémiques : une génération avance jusqu’à ce qu’elle peut
tolérer.
Ce qui est impensable pour l’une devient pensable pour la suivante.
Le travail transgénérationnel n’est donc pas une quête de dévoilement forcé.
Il est un processus d’ajustement au temps juste.
Comme en psychanalyse, interpréter trop tôt referme l’inconscient.
Il ne s’agit pas de révéler,
mais de permettre.
V. Réparation ou pacification ?
Une confusion fréquente sera également abordée.
L’objectif d’une analyse transgénérationnelle n’est pas nécessairement la « guérison » au sens
médical du terme.
Il s’agit plutôt d’une pacification.
Quitter la survie pour entrer dans la vie.
La réparation totale est parfois une illusion.
La pacification, elle, est possible.
Cela signifie :
• transformer un passé agissant en passé racontable,
• transformer une répétition en représentation,
• transformer un destin en possibilité.
VI. Transmission saine : effacer ses traces ?
Je proposerai enfin une réflexion paradoxale sur la transmission saine :
Il n’y a pas de chemin.
Il faut effacer nos traces pour que personne ne marche dans nos pas.
Une transmission équilibrée n’est pas une reproduction.
Elle permet l’écart.
Elle n’impose pas une dette infinie.
Elle autorise l’invention.
Une lignée mature n’écrit pas le scénario de ses descendants.
Elle leur transmet la capacité d’écrire le leur.
VII. Pourquoi ces deux interventions ensemble ?
Parce que le silence et le secret ne sont pas seulement des objets théoriques.
Ils organisent :
• les loyautés invisibles,
• les symptômes,
• les choix amoureux,
• les parcours professionnels,
• les impasses existentielles,
• les projets paradoxaux.
Et parfois, ce qui nous touche le plus dans un arbre n’est pas ce que nous savons…
… mais ce qui n’est pas encore monté à la conscience.
Explorer ce que l’arbre ne dit pas encore, c’est accepter que la transmission ait son rythme
propre.
C’est créer un espace où le silence cesse d’être une fatalité et devient un passage.
Je serai heureux de poursuivre cette réflexion avec vous à Lyon.
Informations pratiques et inscription
�� Atelier : Silence et repérages dans l’arbre (vendredi)
�� Conférence : Secret, silence et temporalité (dimanche)
�� Symposium de Lyon 2026
https://arbre-de-vie-et-des-sens.assoconnect.com/collect/description/633701-p-reservation-a-selectionner-selon-vos-choix-une-journee-2-journees-ateliers-visio-repas
Ces deux temps s’adressent aux professionnels de l’accompagnement, mais également à toute
personne engagée dans un travail sur sa propre histoire.


